Lettre à un ami

Cher vieil ami,

En ces temps de confinement viral, je m’applique le judicieux précepte de l’une de nos élites de la pensée occidentale, aussi prétentieuse qu’artificiellement savante, à savoir l’indégommable Edgar Morin. Depuis ma brousse du Sud-Vendée dont, comme tu le sais, l’éloignement restreint mes possibilités d’accès à la civilisation, je pensais que le dab était dead. Tout comme la meuf de Sibeth. Tu vois, quoique confiné dans le bush maraîchin, je reste à la page. J’use du vocabulaire de la belle en cheveux gouvernementale dont les déclarations d’une ânerie abyssale m’ont convaincu qu’elle était plus bête que belle. Dead donc, comme l’était la très respectable Madame Simone Weil, et ce depuis belle lurette ! Et bien non, le vrai vieux faux sage n’est pas dead. La preuve, il cause. Et il dit que « le confinement peut nous aider à commencer une détoxification de notre mode de vie. » Waouh ! Fortiche, le grand-père, pas encore prêt pour sa dernière sortie en EHPAD. Et si pour son malheur, à causer sur les chaînes d’info, il captait le corona, une fois parvenu aux urgences, en dépit de son grand âge, il faudrait quand-même le trier dans la bonne rangée, pas celle du crématoire, mais celle des « encore utiles » à la société. Des bons ouvriers du ciboulot, en quelque sorte.

Alors, puisqu’il faut commencer à détoxifier, je détoxifie. En commençant par le commencement. Tout en bêchant les futures planches de nos futurs légumes et en désherbant celles déjà semées. Bêchage et désherbage sont les deux mamelles du confiné heureux. Des mamelles nourricières comme il se doit, et propices à alimenter mes réflexions fertiles et solitaires.

Au commencement était le verbe, c’est bien connu. Il me faut donc mettre des mots sur ce début de commencement de ma détoxification personnelle. Raison pour laquelle je t’adresse cette missive, cher vieux pote. Pour partager avec toi la quintessence de mes réflexions de jardinier amateur satisfait.

Satisfait surtout d’avoir opté pour la retraite en rase campagne, bien avant les autres, à un moment où la plupart de nos concitoyens, chef de l’Etat compris, se tordaient les côtes en regardant les Italiens se dépêtrer d’une sino-pandémie qui les avait agressés par surprise. Décidément ces Italiens, à part le foot et les pâtes, ils ne savent pas faire grand-chose. Même un truc pas plus dangereux qu’une petite grippounette de rien du tout, ils ne savent pas gérer. Tiens, chérie, c’est le bon moment pour aller visiter Venise, on y sera peinard !

En ces temps-là, l’esprit des sachants, telle la lumière divine, flottait sur les ondes. De tout bord et de toute confession, les sachants  affirmaient haut et fort qu’on était les meilleurs et que nous autres Français qui, c’est bien connu, sommes moins cons que nos voisins, on était prêt. Le chef de l’Etat donnait de sa personne pour en fournir la preuve en allant au théâtre le soir avec bobonne parce que « la vie continue » et « qu’il n’y a aucune raison de modifier nos habitudes de sortie. » 

Et bien nous, mon épouse et moi, vite rejoints par notre fils aîné et son fils, Jules, nous quatre donc avec notre air bête et notre vue basse, nous avions décidé de nous replier dans la maison familiale, opportunément préservée. Et c’est depuis cette retraite anticipée que nous observons atterrés l’accumulation quotidienne des impérities de ceux qui nous gouvernent.

Je t’accorde, mon ami, que le vieux sage a raison, il y a un gros boulot de détoxification à prévoir. Un très-très gros boulot même, au regard duquel  le combat acharné du monde médical contre le virus chinois mondialisé apparait comme de la roupie de sansonnet. L’entreprise de détoxification nécessaire sera d’une tout autre ampleur, une œuvre de dimension industrielle à mener hardiment sur tous les fronts de la société. Et ils sont nombreux, divers et variés, les fronts. Pas le moindre doute à ce sujet.

Tandis que je bêche, je pense à ma situation de confiné imposé et je me fais un petit rappel historico-philosophique que je te livre illico.

Grâce à leur imagination débordante, au fil des siècles, les caciques en tout genre ont accumulé les trouvailles pour tenter de résoudre les problèmes posés par la désobéissance à leur autorité. Pas la délinquance, mais la simple manifestation du libre-arbitre. Ce qu’il convient d’appeler la libre-pensée.

Je m’arrête un instant sur les châtiments corporels qui ont joyeusement alimenté les rayons du vaste musée des horreurs humaines depuis l’invention de la civilisation. Juste pour te faire remarquer que la torture est en soi une manifestation du contraire de ce que le mot « civilisation » se voudrait signifier.

Je te rappelle aussi que dans nos régions chrétiennes civilisées, les actes de torture les plus abominables furent souvent pratiquées au nom d’un Dieu dont il était expliqué par ailleurs et à longueur de sermons qu’il était Amour, avec un grand A. La chose dite, et son contraire fait. De surcroît, en même temps. C’était déjà tendance avant l’heure ! L’illisibilité du message divin érigée en doctrine au point que pour éviter les impairs et les contradictions, il était véhiculé à des ignares dans une langue qu’ils ne pratiquaient pas. Le totalitarisme de la pensée d’en haut pour le bien-être spirituel du large dénuement d’en bas. Tout ça, au fond, c’est une vieille pratique de gouvernance seigneuriale, monarchique, impériale, républicaine, présidentielle, et last but not least, religieuse. Je n’insiste pas. D’autant que je t’ai connu à une époque où ta foi dans ces divines balivernes ne heurtait pas ton esprit rationnel. Chimères et balivernes ont toujours été et sont encore aujourd’hui les deux outils intemporels de la domination des peuples au service des puissants.

Tuer la pensée libre dans l’œuf, c’est la meilleure façon de l’éradiquer. Moins radical consiste à la confiner. Dans le genre, les cages de Louis XI n’étaient pas mal du tout non plus. Plus ton espace est restreint, moins tu penses librement. Toujours avec ma bêche, je songe à ces familles confinées dans un deux-pièces parisien exigu en sous-sol  (on dit « souplex », dans la sphère élitiste de l’immobilier haut de gamme) ou sous les toits dans un deux-chambres de bonnes mansardé reconfiguré en appartement familial agréable à vivre avec vue sur les toits, poutres apparentes et isolation sous toiture à l’avenant. Sans oublier les familles multi parentales enfournées comme des lapins dans de radieuses cages parallélépipédiques en béton sorties de l’esprit inventif de nos plus géniaux architectes. Les habitants des quartiers difficiles comme on dit pudiquement peuvent leur en être reconnaissants. Question que je te pose, mon ami : Le Corbusier, père vénéré de la Cité du même nom à Marseille, radieuse donc, avait-il envisagé le confinement viral des populations ?

Qui disait que le confinement, c’est le bagne ? Sûrement pas le capitaine Dreyfus qui aurait préféré l’exil forcé dans ma campagne plutôt que le bagne à l’Ile du Diable. N’oublie pas, mon ami, que si Dieu est Amour, ce qui ne fait aucun doute, le Diable est dans les détails. Mais laissons Dreyfus à ses misères méritées. Si méritées qu’il vient une deuxième fois d’être mis au pilori par une populace avide de coupables à supplicier, après que Polanski le violeur en ait fait le sujet de son dernier film. Antisémites et chiennes de garde, même combat. Décidément ces Juifs, tous les mêmes ! Comme disait l’autre, à leur égard, le confinement ne suffit pas, il faudrait les éradiquer. Une bonne fois pour toute ! Je ne sais pas pour toi, mais moi, la meuf Foresti, quand je la vois ou quand je l’entends, ça me colle des boutons, c’est viral !

Les prisons françaises sont surchargées. Excellente démonstration des conséquences explosives d’un confinement trop dense (contrainte d’espace), trop restrictif (contrainte de liberté individuelle) et trop long (contrainte de durée). La geôle, ça peut marcher, mais à dose mesurée, pour ne pas dire homéopathique. Sinon, c’est vite antipathique, non seulement pour les incarcérés, mais pour leurs geôliers. Et le choc des images associé au choc des mots, ça peut faire boum !

Pour cette raison, des omni-imaginatifs qui pensent et agissent pour notre bien ont inventé la prison en dehors de la prison. Ça coûte moins cher et ça peut rapporter gros. Ça s’appelle le bracelet électronique. Tu sors de prison après qu’on t’ait posé un bracelet à la cheville, comme les esclaves du temps des Romains, ou ceux plus récents des Sudistes américains, et tu peux vaquer à tes occupations sous condition. Ne pas t’éloigner de ton point de ralliement ; pointer régulièrement dans une mairie ou un commissariat ; ne pas rencontrer des gens avec qui tu n’étais pas gentil auparavant ; être en mesure de rendre des comptes à tout moment sur tout ce que tu fais. Pour le coup, notre confinement actuel, c’est un peu du kif. Je ne détaille pas, tu apprécies aussi bien que moi. Comme toujours avec l’esprit frondeur de nous autres Français, il y en a qui trichottent un peu. Nous par exemple, on fait du vélo, certes avec notre papelard dérogatoire dument rempli et signé, mais à plus d’un kilomètre de la maison. Sur les chemins de remembrement et du Marais où « y a pas personne » comme dit Jules. Mais bon, on est en faute. Il faut dire que sortir les vélos pour pédaler une heure à moins d’un kilomètre de la maison, c’est un peu comme rouler sur la piste du Vel’d’Hiv pour un coureur du Tour de France. Ça manque de charme.

Il est vrai que le confinement, ce n’est pas les vacances. On est là pour se faire engueuler, on n’est pas là pour voir le défilé, aurait chanté Boris Vian. Mieux, nous autres confinés, on est là pour en baver. C’est ça l’égalité républicaine. Dans le confinement, tout le monde, il est « égaux ». A commencer par ceux qui sont plus égaux que d’autres, qu’ils aient une case à l’Ile de Ré ou une aux Sables d’Olonne.  Et la gendarmerie qui n’a plus personne à verbaliser pour excès de vitesse sur les routes désertées de nos campagnes peut utilement se reconvertir sur les pistes cyclables et dans les chemins forestiers. Ça lui fait de l’occupation et ça rapporte un peu de pognon aux caisses de l’Etat qui sont bien vides en ces temps de misère coronavirée.

A ce stade de mes réflexions la bêche à la main, je m’interroge. Ce confinement, combien de temps va-t-il durer ? Je m’interroge et je t’interroge, mon ami. A ton avis, on en a pour combien encore ?

Non que je m’ennuie dans mon jardin, non que je m’inquiète pour ma santé, mais comme ça, pour tenter de réfléchir dès maintenant au coup d’après. C’est-à-dire de faire exactement le contraire de ce que nos sachants et nos gouvernants nous ont montré depuis l’irruption du virus chinetoque dans nos pauvres vies.

En cela, je crois être en adéquation avec le précepte « Edgar-Morinesque. » Penser le coup d’après, n’est-ce pas la condition sine qua non du commencement de la détoxification ? Le coup d’après n’est pas de savoir si je vais ou non l’attraper, ce putain de virus, mais d’imaginer ce que je vais faire de ma vie une fois que je serai, ou plutôt que nous serons sortis de ce bordel mondialisé.

Bien évidemment, le modèle  diffère notablement en fonction du calendrier. Et la détoxification sera sacrément différente si on en sort, disons, dans quelques mois ou si on n’en sort que dans un an et demi lorsqu’un vaccin aura enfin été mis au point, testé, validé et fabriqué industriellement.  Nous avons toi et moi une expérience suffisante pour savoir que si l’horizon est de quelques mois, la détoxification sera light. Et que s’il se situe dans un an et demi, la rupture sera violente, qu’on le veuille ou non. Sur cet aspect du problème, Edgar Morin fait silence. Sa sagesse ne va pas jusque là. Un détail de l’Histoire, sans doute. Entre parenthèses, voici une raison pour laquelle ce type m’exaspère. Comme certains pratiquent la pseudoscience au sens du crible de Bachelard, Edgar Morin a l’art d’asséner des pseudo-vérités, rien d’autres que des tautologies. Pas de quoi fouetter un chat, donc.

Il n’empêche, pour une fois, je le suis à la trace, le vieux, comme le furet dans les terriers du lapin.

Entamer une détoxification  est une démarche psychanalytique que n’importe quel adepte de Freud ne renierait pas. Je n’en suis pas complètement, mais j’en suis quand même un peu, adepte. Disons que Freud m’intrigue et qu’il ne me laisse pas indifférent. Son dernier ouvrage, « Moïse et le monothéisme », parut en 1939 peu avant sa mort, m’est depuis longtemps une source de trouble et d’interrogation. Sa thèse est incontestablement fausse, mais son argumentation fondée sur l’extension de la psychanalyse des individus à celle des groupes n’est pas sans valeur ni intérêt. Or la détoxification que suggère mon copain Edgar revêt évidemment les deux dimensions, individuelle et collective. Ça marche comme la lutte antivirale. Me protéger moi est la meilleure façon de protéger les autres. Et de montrer mon civisme. Mais j’aurai beaucoup de mal à me protéger si les autres n’adhèrent pas avec la rigueur et la lucidité nécessaires à cet exercice de protection collective. Comment pourrai-je me détoxifier si je suis seul dans mon coin ? Au mieux je m’isolerai du monde, au pire je passerai pour un fou. La détoxification, c’est un truc forcément collectif, le produit d’un effort partagé.

Oui, bien sûr, évident, me diras-tu. Mais, ça nous ramène à la case départ.  Et je te demande : tu le vois comment le monde en voie de détoxification, toi, mon vieil ami ? Une société centralisée, contrôlée, enrôlée, redistribuée, confinée, uniformisée ? Ou bien une société responsabilisée, décentralisée, libéralisée, ouverte et diversifiée ? To be or not to be, that is the question !

En bon messie de l’église macronienne, Edgar Morin termine par une prophétie bien dans son style et bien dans sa façon de penser.  Il faudra « combiner mondialisation et démondialisation ». J’ignore ce que tu en penses mon ami, mais de mon point de vue, comme foutage de gueule, on peut difficilement faire pire. Enfin quoi ? La démonstration est désormais faite de la vacuité conceptuelle du « en même temps ». D’ailleurs, c’est un problème élémentaire de topologie. On ne peut pas être en même temps à l’intérieur et à l’extérieur d’une surface fermée.  C’est l’un ou l’autre, pas l’un et l’autre. Comme disait Jeannette Bougrab, si ma mémoire est bonne, la laïcité, quand on y ajoute un qualificatif, ce n’est plus la laïcité. La détoxification, quand on lui laisse la possibilité d’osciller entre deux espaces incompatibles, ce n’est pas la détoxification. C’est encore et toujours la société du spectacle chère au seul véritable penseur de notre génération, Guy Debord.

Encore un moment, s’il vous plait, Monsieur le bourreau !

Tu le sais aussi bien que moi, mon ami, les modèles de la social-démocratie et du socio-libéralisme consuméristes ont fait long feu. Ils ne tiennent pas plus la route que ceux du communisme à la mode Lénine ou Enver Hodja. Disons qu’ils ont duré un peu plus longtemps. Mais ça fait déjà un bon moment que les édifices vacillent un peu partout dans le monde, et particulièrement en Europe. Les vieux affrontements « Droite-Gauche » ne sont plus de mise. Les vieux partis sont en déroute, les clivages se renforcent. L’arrivée de Macron avec son « en même temps » inaudible et illisible n’est pas le fruit du hasard, mais la seule issue française encore à portée de vote pour permettre au système de sauvegarder les apparences. Ce n’est pas un hasard non plus si le candidat Macron fut largement subventionné par la clique restreinte des grands bénéficiaires du système. Faire perdurer « encore un moment s’il plaisait aux Français » un système à bout de souffle, c’était ça le deal du futur jeune Président et de ceux qui l’ont soutenu et cocooné.

Détoxifier vraiment, ce serait remettre tout à plat.

A commencer par la macronie qui n’apparait que comme une ultime synthèse de tous les maux accumulés précédemment. Emmanuel n’est pas responsable de tout, loin s’en faut, il n’en est que l’aboutissement logique et imparable. Comme Louis XVI le fut à son époque de la Monarchie absolue versaillaise qui l’avait précédé. Louis XVI n’était pas le plus mauvais, mais il en fallait un pour payer pour tous les autres, et ce fut sur sa tête que c’est tombé.

Macron n’est qu’un révélateur. Le hiatus est plus profond. La construction européenne, la globalisation, la suprématie de l’économie, bref tout ce qui caractérise cette évolution sourde de l’espèce homo sapiens que nous étions vers celle de l’homo economicus que nous sommes devenus. Et au final, ce changement de profil géologique induit qui nous a fait passer en un temps record de l’ère Tertiaire dont l’apparition des hominidés et de l’homme moderne fut le trait dominant à celle de l’Anthropocène où la planète tout entière est devenue l’otage sacrifié des ambitions humaines globalisées.

Contrairement à la conclusion d’Edgar Morin, il ne s’agit plus de penser mondialisation ou démondialisation, encore moins d’un improbable panachage des deux. Il s’agit de reprendre tout à zéro et de penser autrement en proposant un nouveau modèle assis sur des fondements revisités.

Un modèle où l’humain est une ressource plus importante que les matières premières ; où consommer n’est pas une fin en soi, mais une contrainte de vie.

Un modèle ascendant fondé sur le principe constitutionnellement incontournable de la subsidiarité conçue et réellement appliquée. C’est-à-dire où chaque problème doit être effectivement appréhendé au niveau auquel il se pose, avant d’être renvoyé à l’échelon supérieur faute de résolution locale.

Un modèle où le tout, tout de suite, partout et en toute circonstance s’efface devant la proximité, la saisonnalité et la temporalité ; où le temps réel et l’instantanéité s’effacent suffisamment pour redonner leurs places d’honneur à la lenteur et à la paresse ; où, au final, le temps n’est pas de l’argent.

Un modèle où le salaire des acteurs de la vie collective doit être prioritairement à la hauteur de leur utilité sociale, non de quelconque autre critère de diplôme, de grade, de sexe, de corps ou de classe ; où la part est faite à tous les niveaux de la société entre ce qui relève de l’utilité régalienne et ce qui n’est qu’accessoire.

Un modèle où être est plus important que paraitre ; où agir est plus important que communiquer ; où la lucidité prime sur le calcul ; où la réalité vaut plus que les apparences ; où le souci légitime du compromis se doit de fixer des limites afin d’échapper à la dictature de la compromission ; où pouvoir s’exprimer librement est indispensable ; et où la seule responsabilité tolérable consiste à accepter d’en assumer les conséquences à tous les échelons et quelles qu’elles soient.

On ne peut pas se contenter de paroles. Que ce soit des paroles bien dites mais creuses à la mode Macron ou des paroles fortes mais « travesties par des gueux pour exciter des sots » à la mode Trump, Le Pen ou Mélenchon.  Les paroles n’ont de sens et de portée que confrontées aux actes. Et sur le champ. La démocratie, au cas où ce mot aurait encore une signification, doit être autre chose que la société du spectacle dont la macronie donne l’une des dernières et parodiques séances. Il faudra s’en souvenir le moment venu.

Avec six milliards d’homo economicus qui aspirent tous sans exception à accéder à l’American way of life, la mondialisation n’est plus une question, mais une réalité. Le concept de démondailisation n’a pas de sens. La véritable interrogation n’est pas de combiner les deux, mais de déterminer les voies et les moyens pour en surmonter les conséquences. Chacun à son petit niveau. S’interdire de monter dans un avion dès qu’on a un moment de libre pour aller voir ailleurs si l’air y est plus frais, ce n’est pas démondialiser. C’est admettre avec raison que cette furie contemporaine des transhumances planétaires est une totale absurdité. En soi.

L’humanité ne survivra à sa démographie mondialisée que si elle se met en capacité de s’imposer des limites conscientes et raisonnables. Après avoir passé l’épreuve de la Mer Rouge et ayant enfin réussi à recouvrer la liberté, le peuple hébreu rompit l’Alliance et fit n’importe quoi. Comme un ultime service rendu à son peuple, Moïse se retira sur le Mont Sinaï puis en redescendit avec les Tables de la Loi gravées par le Feu divin. Le message est limpide. Les hommes doivent fixer des limites à leurs appétits débridés. Il leur faut des règles de base, simples et peu nombreuses, d’un ordre supérieur à celles des chefs de clan.

Il ne faut surtout pas démondialiser, mais il faut vivre la mondialisation avec mesure, sagesse et intelligence. Il faut se donner les moyens de la gérer. Un bon exemple est fourni par les stratégies comparées des deux grands producteurs de pneumatiques que sont  Hankook le Sud-Coréen et Michelin le Français. Le premier a su répartir les risques en « verticalisant » son activité toute entière dans trois continents, tandis que le second en est resté à une organisation horizontale classique, avec un siège, un centre de recherche-dévelopement, une multitude d’unités de production et six plantations d’hévéas dans seulement deux pays. Deux modèles de mondialisation, un d’avenir et un du passé. Même après le coronavirus, on aura encore besoin de pneumatiques. En produire n’est pas possible sans mondialisation. Preuve, s’il en est, que démondialiser est un concept stupide. La recommandation subliminale que nous livre le Covid-19 est de mondialiser finement.

Au passage, permets-moi de te faire remarquer que ce message est autrement plus instructif que celui de Dieu pour la survie de l’humanité.  Les angéliques Evangélistes nationaux en savent quelque chose, eux qui ont réussi à contaminer l’Est de la France en une seule rencontre, aussi imbécile que massive, dédiée à la Gloire de leur Maître à spiritualiser en rond. Beaucoup d’entre eux sont désormais cloués non sur des croix romaines, mais sur des lits d’hôpitaux en réanimation. Et comme Jésus dans son dernier souffle, chacun pourra y aller de sa détresse et de son incompréhension dans une ultime adresse à l’Eternel : « Mon Père, pourquoi m’avez-vous donc abandonné ? »

Ils n’auront malheureusement pas le temps d’entendre la réponse divine : « Parce que tu ne vaux pas mieux, pauvre con ! »

Voilà, mon cher ami, l’état de mes réflexions. A ce stade, je reprends ma bêche avec une vigueur redoublée et je songe aux enseignements de Lucrèce, Kipling et Voltaire, véritables experts en détoxification qui, chacun à sa manière, nous en ont indiqué le chemin. Ne nous mêlons pas des affaires des Dieux et laissons-les vaquer à leurs olympiennes occupations. Préservons-nous des mensonges des Dieux, des Rois et de la Gloire. Et bien modestement, sachons nous contenter de cultiver notre jardin.

Bien affectueusement à toi, old chap.

Benet le 30 mars 2020

Cyral

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